Colloque – 10 et 11 septembre 2022

13 Mar 2022 | Colloque - 2022

Présentation du projet de colloque – table-ronde : « autour des Croix de Crozant », prévu les 10 et 11 septembre 2022, à Eguzon-Chantôme et Crozant.

 

La cinquantaine de croix du même type présente sur la rive gauche de la rivière La Creuse, entre Crozant et Eguzon-Chantôme continue à poser question : quelle datation, quel usage, pourquoi nulle part ailleurs en France n’existe-t-il autant de croix de ce type ?


Le programme des journées n’est pas encore arrêté dans le détail, mais nous exposons ci-après les questions principales que nous souhaitons aborder.


Peu de chercheurs se sont intéressé à l’histoire des croix rurales. La question de la datation des plus anciennes a longtemps fait débat et n’a jamais été tranchée en France . Quand, en 1946, Gabriel Le Bras, publie « Sur l’histoire des croix rurales », un article qui sera repris en 1955 dans les Études de Sociologie Religieuse, il connait très bien les travaux effectués dans les années 1930 par Françoise Henry sur les croix irlandaises, toutes datées entre le VIIème et le XIIème siècle, et il s’interroge sur leur absence en France à la même période :

« […] il serait étrange que si les croix monumentales abondaient en Orient dès le temps de Saint Jean Chrysostome, et dans les chrétientés insulaires peu après leur conversion, elles aient fait défaut dans la Gaule franque : peut-être les a-t-on généralement fabriquées de matières périssables comme le bois […]  ».


Gabriel LE BRAS, « Sur l’Histoire des Croix Rurales », Études de Sociologie Religieuse, Paris, P.U.F., 1955-1956, t. I, pp. 85-99, p. 86

 

En 1977, Hervé et Louis Martin notaient à propos des croix bretonnes médiévales :

« Telle croix que l’un qualifie de carolingienne, voire même de mérovingienne, ne peut pour l’autre avoir été érigée avant la fin du Moyen Âge. »


Hervé MARTIN, Louis MARTIN, « Croix rurales et sacralisation de l’espace. Le cas de la Bretagne au Moyen Âge », Archives de sciences sociales des religions, n°43/1, 1977, pp. 23-38, p. 23, [en ligne], http://www.persee.fr/doc/assr_0335-5985_1977_num_43_1_2111

La question de la datation des croix est donc importante. Nous avons pu rapprocher la forme très particulière des croix de Crozant de formes présentes sur des objets d’orfèvrerie comme des plaque-boucles de ceinture ou des reliquaires portatifs de style byzantin des VIème et VIIème siècles. C’est d’ailleurs en partie par des comparaisons de cet ordre qu’ont été datées les croix irlandaises. Il sera utile sur ce plan de faire un point sur l’usage et les représentations du symbole de la croix depuis les premiers temps du christianisme jusqu’à la période carolingienne, puis de voir ce qu’elle devient plus tard au cours du Moyen Âge.

Concernant leur signification, leurs fonctions et leurs usages, qui ont d’ailleurs pu changer au cours du temps, nous aborderons en premier lieu la question de la christianisation et du développement de l’église. Que sait-on des périodes de l’Antiquité tardive et du haut Moyen Âge à Crozant, et de façon générale dans des contextes similaires ? Que sait-on des sites d’implantation des premières églises, du rôle du pouvoir épiscopal et de la formation progressive des paroisses ?

Concernant leur usage, plusieurs questions se posent. Que sait-on de la pratique des sépultures isolées ? Quelle relation les croix pourraient-elles avoir avec la dîme, même si l’expression « croix dîmière » est certainement généralement abusive ? Pourraient-elles avoir un rapport avec la pratique des rogations, avec la sacralisation et la protection des espaces villageois ? Quel a pu être leur rôle de limite ou de bornage, même si à Crozant cette fonction semble a priori peu probable ?

 

Nous avons établi avec Anne Massoni, directrice du CRIHAM à l’université de Limoges, une première liste d’intervenants potentiels que nous avons invités à nous manifester leur intérêt pour cette rencontre :

  • Gérard Coulon, archéologue et historien, a été le fondateur et premier conservateur du musée d’Argentomagus à Saint-Marcel (près d’Argenton-sur-Creuse). Spécialiste de la période gallo-romaine, et connaissant bien le contexte régional, il nous indiquera comment était structurée la région à la fin de l’Antiquité. Argentomagus, importante fabrique d’armes impériale, figure dans un texte de l’Antiquité tardive comme un lieu de résistance à la christianisation. Néanmoins on y trouve aussi alors une église Saint-Etienne, comme à Crozant, située au franchissement de la Creuse, sur la voie vers Limoges.

  • Anne Flammin, archéologue, Laboratoire ARAR Archéologie et Archéométrie, Lyon. Elle travaille sur la sculpture tardo-antique et du haut Moyen Âge dans le domaine funéraire, liturgique et architectural. Elle se propose de faire le point sur les différentes formes de la croix depuis la période tardo-antique (période durant laquelle les modèles sont constitués) jusqu’à la période médiévale ce qui permettrait de replacer les croix de Crozant dans un cadre plus large. Elle nous a été recommandée par Jacques Roger.

  • Manon Durier, historienne, chercheuse associée au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM), Poitiers. Sa thèse sur les monuments funéraires dans le diocèse de Limoges du XIe au XIIIe siècle  donne un bon aperçu des représentations de la croix à cette période en Limousin. Elle nous a été recommandée par Cécile Treffort.

  • Jacques Roger, archéologue, Service Régional de l’Archéologie Nouvelle-Aquitaine, Limoges. Sa connaissance est précieuse des débuts du christianisme en Limousin, notamment à travers le bilan des programmes de fouilles réalisés dans la périphérie des églises . Il a également travaillé récemment sur une requalification pour l’Antiquité tardive des fortifications de Châteauponsac . Il nous a fait savoir qu’un diagnostic archéologique du bourg de Crozant serait probablement réalisé en 2021. Idéalement, il pourrait alors nous en communiquer les premiers résultats lors du colloque.

  • Damien Martinez, archéologue, Université Lumière Lyon 2, CIHAM, Lyon. Sa thèse sur la topographie ecclésiale entre l’Antiquité tardive et le haut Moyen Âge en Auvergne apporte un éclairage intéressant sur les établissements de hauteur et les castra à cette période et invite à des comparaisons avec le site du bourg de Crozant.

  • Jacques Péricard, historien du droit, Université de Limoges. Il est auteur d’une thèse sur le diocèse de Bourges  où il étudie notamment les premières implantations de l’église dans le territoire rural. Pour lui, elles se font particulièrement aux limites du diocèse, et à l’initiative de l’évêque de Bourges, au sein de pôles d’exercice de l’autorité publique. Il signale notamment des traces toponymiques, telle que la « forêt du Faisceau » à Eguzon-Chantôme (fiscus), et les dédicaces d’églises à saint Étienne, le patron de l’église cathédrale, ce qui est le cas de Crozant.

  • Jean-François Boyer, historien, chercheur associé au CRIHAM, Université de Limoges. Il est l’auteur d’une thèse sur l’organisation des territoires au haut Moyen Âge  où il soutient notamment l’idée que les vici mérovingiens ont eu un rôle important dans la création des grandes paroisses par le pouvoir épiscopal. Il rejoint en cela les idées de Jacques Péricard sur les pôles d’exercice de l’autorité publique. Crozant aurait-il pu être un de ces vici mérovingiens ?

  • Florent Hautefeuille, archéologue, laboratoire TRACES, Université de Toulouse Jean-Jaurès. Il travaille sur l’habitat dispersé et sur les problèmes liés aux espaces médiévaux. Dans sa thèse sur les territoires paroissiaux du VIIème au XIVème siècle, il a défendu l’idée d’une constitution progressive des paroisses autour d’un pôle ecclésial. Les « villages », ce que l’on nomme ailleurs « hameaux » et qui possèdent chacun leur croix, ont-ils rejoint effectivement progressivement le territoire paroissial et dans quelles conditions ?

  • Philippe Racinet, archéologue et historien, Université de Picardie Jules Verne, Amiens. Il est spécialiste de l’histoire des résidences aristocratiques et monastiques. Il dirige actuellement une thèse intitulée : Inventaire des fortifications de terre et de bois au Moyen Âge (VIIIe-XIIe siècles) en Limousin : Haute-Vienne et Creuse. Son expertise sera précieuse pour comprendre quelles alliances ont pu se faire entre les pouvoirs aristocratiques et religieux, notamment autour de l’implantation d’un prieuré à Crozant, que l’on connaît tardivement au XIVe siècle mais qui a pu être plus précoce, et autour du rôle de la dîme.

  • Christian Rémy, historien, chercheur associé au Centre d’études supérieures de civilisation médiévale (CESCM), Poitiers. Sa connaissance de l’histoire médiévale de Crozant connue jusqu’ici, et ses recherches en cours pour la période carolingienne, notamment autour des origines de Géraud de Crosenc, apporteront une mise en contexte spécifique au site de Crozant.

  • David Glomot, historien, a réalisé dans sa thèse l’étude de l’organisation de l’espace en Haute-Marche à la fin du Moyen Âge par le biais de l’étude des terriers . Ces documents mentionnent fréquemment les croix, au moins comme points de repère et permettent de leur donner un terminus ante quem, même s’il est probable qu’elles aient existé auparavant. Il nous précisera quel rôle elles jouent dans l’espace à cette période tardive.